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Parlons Politique !

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Mode d'emploi et enjeux : Qui est Nicolas Hulot ? Comment peut-on  expliquer sa démission du gouvernement ?

Mode d'emploi et enjeux : Qui est Nicolas Hulot ? Comment peut-on expliquer sa démission du gouvernement ?

 

Crédits : Libération

 Au cours d’un entretien accordé à France Inter, aux côtés de Léa Salomé et de Nicolas Demorand, Nicolas Hulot, Ministre d’État, Ministre de la transition écologique et solidaire, annonce qu’il quitte le gouvernement d’Édouard Philippe. Dans une rentrée qui s’annonce déjà agitée dans les rangs de la majorité présidentielle, cette annonce fait désordre. Mais, dans le fond, plus rien ne surprend dans le parcours de Nicolas Hulot.  Calcul personnel, désaccords de fond ou bien simple culot ? Connu pour ses combats liés de près ou de loin à la sensibilisation du grand public aux questions écologiques, sa démission à son poste de numéro trois du gouvernement interpelle.

 

 

Nicolas Hulot. Connu d’une grande majorité des Français pour ses émissions de télévision Ushuaïa, le magazine de l’extrême, Opération Okavango et Ushuaia Nature diffusées sur TF1 entre 1987 et 2011, où il traite de la sauvegarde de la nature, il est depuis le 17 mai 2017, Ministre d’Etat, Ministre de la transition écologique et solidaire au sein des gouvernements successifs d’Édouard Philippe.

 

Nicolas Hulot, jeune photo-reporter. Crédits : Voici

Son parcours reste néanmoins atypique. Né en 1955 à Lille, il commence une carrière de reporter-photo à l’âge de 20 ans au sein de l’agence Sipa. Il parcourt le monde entre 1975 et 1979 en couvrant par exemple le tremblement de terre de 1976 au Guatemala, les guerre du Bush en Rhodésie du Sud en 1977 ou bien la mort de Jacques Mesrine à Paris en 1979. Suivrons quelques années derrière le micro de France Inter, tout en passant en parallèle à la télévision au début des années 1980 dans des émissions pour enfants sur TF1.

Sa carrière à la télévision prit un autre souffle lorsqu’il décida d’animer dès 1987 Ushuaïa.

Initialement dans le but de promouvoir les sports extrêmes et la recherche d’adrénaline, ses émissions

Hulot, animateur sur TF1

documentaires se consacrent davantage aux paysages naturels. Ses documentaires ont pu porter sur la vie aquatique, la vie terrestre, la vie aérienne, l’avenir du vivant et les problèmes écologiques dans leur ensemble. Son travail audiovisuel de 15 ans sur la nature lui permis de créer des produits dérivés comme la création d’une chaine de télévision sur la câble Ushuaia TV, un magazine mensuel ou des gels douches.

Ses activités audiovisuelles lui permettent de créer en 1990 une fondation, dans le but de sensibiliser aux questions environnementales.

 

 

Logo de sa fondation. Crédits : Centre français des fondations

La fondation Ushuaïa, dès 1994 la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, transmet des supports pédagogiques via le milieu pédagogique ou le milieu associatif. Elle est reconnue d’utilité publiques dès 1996. Elle souhaite dès lors encourager les changements individuels et collectifs ainsi que soutenir les initiatives environnementales en France ou à l’étranger. La transition écologique de nos

sociétés est au centre des ses préoccupations. Elle développe ses activités en créant un think tank en 2013, souhaitant proposer des politiques publiques et « bâtir des alternatives crédibles et désirables » dans le domaine énergétique ou différents sujets, comme l’alimentation, la production ou la géopolitique.

Nicolas Hulot est un homme apprécié par l’opinion publique française grâce à ces activités audiovisuelles et associatives.

 

 

 

 

Jacques Chirac et Nicolas Hulot. Crédits : Le Monde

 

 

Sa carrière est par la suite marquée par son engagement politique. Conseillant dans un premier temps Jacques Chirac, il pose la première pierre de son combat politique dans l’initiative de la charte de l’environnement au sein de la Constitution, qui sera adoptée en 2004. Elle manquera le droit français par trois grands principes : le principe de prévention, le principe de précaution et le principe pollueur-payeur.

 

 

 

 

 

 

 

Son engagement politique s’organise autour de ce que Jean-Baptiste de Foucauld appelle l’abondance

Jean-Baptiste de Foucauld

frugale. Ce concept très théorique cherche des moyens pour rendre la société plus juste et chercher un développement humain. Il ne remet pas en question l’économie de marché, malgré la recherche de l’équilibre suite à ses excès. La finalité demeure le plein-emploi et la quête de sens au capitalisme, en suggérant à travers son théoricien l’augmentation des sommes allouées par l’Etat aux entreprises pour augmenter le nombre de contrats aidés et non les revenus, la retour au temps choisi, ainsi que le développement de l’économie sociale et solidaire.

 

 

 

 

 

A l’été 2006, il court une rumeur évoquant une possible candidature à l’élection présidentielle de 2007.

Il participe néanmoins aux universités d’été de différents partis politiques, l’UDF, d’orientation libérale et démocrate-chrétienne, les Verts, mouvement français d’écologie politique ou de Cap21, parti politique secondaire ayant pour ambition de donner un second souffle à l’économie en se basant sur l’écologie et

de viser une vision républicaine de l’écologie.

 

Il lance en novembre 2006, le Pacte écologique, dans le but d’imposer certaines propositions écologiques aux candidats à l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou, Marie-George Buffet et Dominique Voynet signeront ce pacte. La création la plus connue de ce pacte est la création d’un poste de vice-premier ministre chargé du développement durable. Il annonce en janvier 2007 ne pas être candidat à l’élection présidentielle.  Le pacte écologique n’a pas eu son succès escompté, et les question liés au réchauffement climatique et au développement durables seront rapidement relégués au second plan par les principaux candidats.

     

 

Nicolas Hulot, candidat à l'élection présidentielle

 

 

En avril 2011, il se déclare candidat à l’élection présidentielle de 2012, en passant par la primaire

écologiste. Il prend position pour la sortie du nucléaire, notamment via l’organisation d’un référendum. Il perd au second tour face à Eva Joly, qui devient la candidate officielle d’Europe Ecologie Les Verts. Il déclare avoir voté au premier tour pour Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche, puis pour François Hollande au second tour.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre fin 2012 et janvier 2016, il est nommé « envoyé spécial pour la protection de la planète » auprès du

François Hollande avec Nicolas Hulot

Président François Hollande. Il agit de manière bénévole, où il souhaite sensibiliser et informer la communauté internationale sur la crise écologique mondiale pour mettre en oeuvre les moyens pour faire face à ces enjeux-là. Sa mission sera marquée par la préparation de la tenue de la COP 21 à Paris en décembre 2015. Il ne se présente pas à l’élection présidentielle de 2017, malgré qu’il n’ai jamais écarté l’hypothèse d’une candidature en dehors d’une primaire.

 

 

 

 

Après avoir refusé à plusieurs reprises d’être le ministère de l’écologie en 2002 et en 2016, il accepte d’être le ministre de la Transition écologique et solidaire, qui remplace le ministère de l’écologie et du développement durable sous le gouvernement d’Edouard Philippe I puis II.

Gouvernement Edouard Philippe II, dont il fut membre entre juin 2017 et aout 2018

Il obtient également le titre de Ministre d’Etat, au même titre que François Bayrou et Gérard Collomb, respectivement ministre de la Justice et de l’Intérieur.

Ses prérogatives concernent le climat, la pollution de l’air, l’énergie, les transports, la protection de la biodiversité et les négociations à échelle européennes et internationales sur le climat.

Nicolas Hulot présentant son Plan Climat

 

Dès juillet 2017, il porte le projet de loi du « Plan Climat et la transition écologique », souhaitant accélérer la transition écologique. Il évoque la baisse de la part du nucléaire parmi les énergies utilisées en France, une subvention pour aider la mesure de l’usage énergétique, la fin de l’importation des produits issus du déboisement et la fin des voitures à essence et diesel pour 2040. Il agit également contre l’autorisation du glyphosate pendant dix ans et la construction du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

 

 

 

 

Néanmoins, le 28 aout 2018, il annonce sa démission du gouvernement. Il justifie ce départ en affirmant que l’écologie n’est, selon lui, pas une priorité du gouvernement.  Le gouvernement serait également pas à la hauteur des enjeux écologiques. Il explique sa déception sur certains sujets, où il ne juge ne pas avoir été à la hauteur, notamment sur l’utilisation des pesticides, la perte de biodiversité et l’artificialisation des sols.  L’évocation de sa déception mène à la réflexion : les progrès réalisés ne sont pas à la hauteur des événements. Il parait difficile de voir une perspective d’enrayement du réchauffement climatique sans changer radicalement de paradigme.

 

 

Dominique Bourg

Selon le philosophe Dominique Bourg, président du conseil scientifique de la Fondation crée par Nicolas Hulot, pour assurer la transition écologique, il faut changer de modèle économique et social, consommer moins et produire autrement. Il reproche à la campagne électorale d’Emmanuel Macron, il y plus d’un an et demi, de ne pas avoir suffisamment mis en avant les sujets environnementaux, au delà de l’inscription de la protection de l’environnement dans la Constitution quoique symbolique. Il faudrait agir dans la décennie à l’échelle mondiale pour avoir une chance de rester sous la barre des deux degrés de réchauffement. Ne pas agir nous conduirait à une dégradation très forte de l’habitabilité de la Terre.

 

La démission de Nicolas Hulot soulève un second problème, plus démocratique cette fois-ci : celui des lobbys. Si ils désignent un réseau de personnes ayant pour but de défendre des intérêts privés d’un groupe en émettant une influence sur ceux qui détiennent le pouvoir, ils peuvent être une menace pour notre démocratie. La démocratie repose sur l’intérêt général et ne vise pas l’expression d’intérêt privés. La cohérence des actions menées par l’Etat ne doit pas être réduites par des opérations de lobbying. Interdire les lobbies parait certes aujourd’hui tout de même inenvisageable, mais en renforcer les bases législatives parait néanmoins nécéssaire. Plusieurs ministres de l’écologie ont dénoncés l’influences de lobbies économiques, industriels ou liés aux activités de chasse. Que ce soit Robert Poujade, premier ministre de l’environnement entre 1971 et 1974, où il évoque dans Le Ministère de l’impossible en 1975 « les capacités de blocage et la force d’inertie des administrations traditionelles », Corinne Lepage, qui l’eut été entre 1995 et 1997, en évoquant en 2017 « si vous n’êtes pas en capacité de défendre vos dossiers, vous perdez tout. Tout simplement parce que vous vous heurtez à des intérêts économiques puissants et, surtout, vous vous heurtez à la dictature du court terme ».