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Parlons Politique !

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La minute historique #7 : Au Cambodge, Hun Sen reste maître du pays

La minute historique #7 : Au Cambodge, Hun Sen reste maître du pays

 

Hun Sen est au pouvoir depuis 33 ans.

 

Hun Sen

 

Aujourd’hui dans la minute historique, nous allons revenir sur les élections législatives du 29 juillet au Cambodge qui ont vu le Premier Ministre Hun Sen sortir à nouveau victorieux. Le 15 août 2018, les résultats officiels ont été proclamés. 

 

 

 

L’Assemblée Nationale du Cambodge dispose de 125 sièges. L'intégralité des 125 sièges sont, selon les résultats offciels, en faveur du Parti du peuple cambodgien (PPC) et de son leader Hun Sen.

L'assemblée nationale cambodgienne. Crédits : AFP

 

Afin de mieux comprendre la situation, nous allons analyser l’histoire de ce pays à partir de ce qu'on a appelé le Kampuchéa démocratique des Khmers Rouges, dès 1975.

 

Après une guerre civile (1967-1975), opposant la République khmère pro-américaine de Lon Nol aux rebelles communistes khmers rouges menés dans l’ombre par Pol Pôt, ces derniers triomphent et prirent la capitale Phom Penh le 17 avril 1975, proclamant la création du Kampuchéa démocratique (Cambodge démocratique).

Entrée des Khmers Rouges dans la capitale en 1975
Pol Pot

Une dictature fut mise en place, contrôlée par le Parti Communiste du Kampuchéa (PCK), aussi appelé « l’Angkar » (l’organistion). D’inspiration maoïste, le PCK vise à la purification de la civilisation urbaine et bourgeoise en passant à un communisme appliqué sans « socialisme », et donc par conséquent beaucoup plus extrême qu’en URSS. Ainsi, les villes sont vidées de leurs habitants, les citadins ont été envoyés en « rééducation » dans les campagnes. Cependant, les différents crimes commis par le régime de Pol Pot pour des motifs ethniques, envers les vietnamiens, religieux, envers les bouddhistes, ainsi que des exactions, meurtres ou des actes de tortures ont fait autour d’1,7 millions de victimes dans tout le pays.

D’un point de vue géopolitique, les relations entre le Kampuchéa démocratique et son voisin, le Viêt-nam, communiste d'inspiration marxiste-léniniste, ne cessèrent de se dégrader.

La tension ne faisant que croître, notamment à cause de litiges frontaliers entre les deux pays, la crise entre les deux pays voisins arrive à son paroxysme le 25 décembre 1978, avec l’invasion du Kampuchéa démocratique par l’armée populaire vietnamienne.

Les forces armées des khmers rouges moins bien équipées que celles du Vietnam essuient revers sur revers : la capitale Phom Penh est prise le 7 janvier 1979 par les forces vietnamiennes. Ces derniers ayant bien été aidé par les khmers rouges du PCK, prenant pour certains la fuite à cause des multiples purges internes au sein du  parti, à l’image d'Hun Sen.

Image de l'entrée de l'armée Vietnamienne dans la capitale en 1979

Le régime des khmers rouges s’étant effondré, le Cambodge est sous occupation militaire vietnamienne.

Timbre cambodgien à l'effigie de Lénine, 1985.

Le Kampuchéa démocratique devient le 11 Janvier 1979 et jusqu’en 1989 la République populaire du Kampuchéa (RPK). D’inspiration marxiste-léniniste, la RPK est soutenue par l’URSS. En 1981 est crée le parti révolutionnaire du peuple khmer (PRPK,et futur PPC). Le pays est donc dirigé par un parti unique.

Hun Sen, début des années 1980.

 

En 1985, à moins de 35 ans, Hun Sen devient Premier ministre de la République populaire du Kampuchéa. Or la RPK doit reconstruire le pays tout en faisant face aux guérillas menées par les Khmers rouges, le FUNCINPEC (parti royaliste) et le FNLPK (parti

républicain).

La situation n’évoluant guère à partir de 1986 où le Vietnam, qui suite à une décision de Mikhaïl Gorbatchev, chef d'état soviétique, décida se rapprocher de la République populaire de Chine, se voyant ainsi contraint de régler ses différents avec le voisin chinois, notamment lié au soutien des khmers rouges maoïstes.

Le 1er mai 1989, suite à une révision constitutionnelle effectuée par l’Assemblée Nationale cambodgienne,la RPK devient l’Etat du Cambodge, souhaitant de sortir de son image de vassal du Viêt-nam. Quatre mois plus tard, les forces vietnamiennes se sont entièrement retirées du pays.

Deux ans plus tard, en 1991, deux événements ont marqués un tournant dans l'histoire du pays : 

- Le 18 octobre 1991 vit la fin du régime à Parti unique et l’abandon de la philosophie marxiste-léniniste.

- Lles accords de Paris ont été signés le 23 octobre 1993, avec des négociations  menées par Hun Sen avec le futur Roi Norodom Sihanouk, dans le but de mettre fin à la guerre civile opposant l’Etat du Cambodge et les différentes parties citées ci-dessus, qui durait depuis fin 1978.

De ce fait, entre février 1992 et septembre 1993, ce fut l’ONU qui prit le Cambodge sous tutelle.   

Image du contingent français lors de l'APRONUC

L’APRONUC (Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge) s’occupa de faire respecter les accords de Paris tout en faisant qualité d’observateur pour les futures élections.

Image du scrutin de 1993. Crédits : ONU

Ainsi, mi-mai 1993 eurent lieu les élections dans les zones non contrôlées par les khmers rouges, ces derniers boycottant l’élection.

Le FUNCINPEC arriva en tête suivi du PPC de Hun Sen.

Cependant aucune majorité absolue ne se dégagea et Norodom Sihanouk négocia pour créer une coalition gouvernementale entre les deux partis arrivés en tête. De ce fait le « premier» Premier ministre fut Norodom Ranarith, issu du FUNCINPEC arrivé en tête, puis, comme « second » Premier ministre Hun Sen, en place depuis 1985, contrôlait l’appareil d’Etat avec son Parti.

Le prince Norodom Rannarith, lors d'une conférence de presse en 2013

Le 24 septembre 1995, la monarchie est restaurée.

Cependant, les dissensions au sein de la coalition gouvernementale n’ont cessé de grandir au fur et à mesure que le temps passa. 

Ainsi, le 5 juillet 1997, Hun Sen parvint à écarter par un coup de force Norodom Ranariddh, le contraignant à l’exil. Ce dernier s’apprêtait à faire une alliance politico-militaire avec le parti d’opposition de Sam Rainsy et les khmers rouges.

À force de pression de la communauté internationale, Norodom Rannarith a pu se présenter pour les élections de 1998. Ces dernières virent le Parti du peuple cambodgien devenir majoritaire dans le pays, et Hun Sen devenir le seul et unique Premier ministre.

Depuis le scrutin de 1998, quatre autres élections ont eu lieu. Si les trois premières ont des reflets douteux vis-à-vis des résultats, celle du 29 juillet dernier, de part les actions qui l’on précédée, démontre le contrôle et la main mise toujours plus grandissante du PPC et de Hun Sen sur le Cambodge, ayant multiplié les arrestations, les suppressions de radios et de journaux, tout en interdisant le principal parti d’opposition à participer à ce scrutin.

Hun Sen déposant son bulletin dans l'urne le 29 juillet

 Hun Sen a promis en fin de campagne électorale « d’arrêter les traitres », montrant une nouvelle fois ses intentions de maintenir sa position au pouvoir.

Pour conclure, nous pouvons dire que la période des khmers rouges au Cambodge a contribué à déstabiliser un pays déjà fragile politiquement. Les diverses actions qui ont suivis ont permis au PPC, anciennement PRPK, de renforcer au fil du temps son implantation dans chaque bourgade du pays, afin d’y être devenu l’organe principal contrôlant le Cambodge avec Hun Sen à sa tête. 

Combien de temps Hun Sen restera-t-il à la tête du pays ? Un futur sans Hun Sen est-t-il imaginable ?