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Parlons Politique !

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La Minute Historique : 81 ans de la Conférence de Munich, retour sur une étape fondamentale vers la Seconde Guerre Mondiale.

La Minute Historique : 81 ans de la Conférence de Munich, retour sur une étape fondamentale vers la Seconde Guerre Mondiale.

Un peu moins d’un an avant le début de la Seconde Guerre Mondiale, les 29 et 30 septembre 1938, ont eu lieu la Conférence de Munich. Cette dernière aboutira sur un accord entre la France, représentée par Édouard Daladier (Chef du gouvernement radical), l’Allemagne nazie représentée Adolf Hitler (Führer du Reich allemand, national-socialiste), le Royaume-Uni représentée par Neville Chamberlain (Premier ministre conservateur) et l’Italie représentée par Benito Mussolini (Président du Conseil des ministres et Duce fasciste). Initialement signé pour résoudre la crise des Sudètes, l’accord aura des conséquences immédiates, notamment concernant la reconstitution des Empires Centraux. Cet accord reste néanmoins une étape importante vers la Seconde Guerre Mondiale.

 

 

 

Dès la fin de la Première Guerre mondiale et l’automne 1918, l’Autriche-Hongrie est disloquée et provoque un partage du territoire entre sept différents Etats : la Tchécoslovaquie, le Royaume de Serbie, la Pologne, la République d’Autriche allemande et la République démocratique hongroise sont nouvellement créées, les régions de Bucovine et de Transylvanie s’unissent au Royaume de Roumanie tout comme le Tyrol du Sud, l’Istrie, Fiume, Zadar et quatre îles de la Dalmatie qui seront concédées à l’Italie.

 

L'Autriche-Hongrie avant la Première Guerre Mondiale

 

L'Empire austro-hongrois dissous

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fin septembre 1919 sera signée la paix, au Château de Saint-Germain-en Laye entre la République d’Autriche allemande et les Alliées de la Première Guerre Mondiale, puissances victorieuses. Celle-ci consacre le partage des territoires austro-hongrois selon le 10ème des 14 points du président américain Woodrow Wilson : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce principe découle du fait que chaque peuple a le droit du choix libre et souverain de déterminer son régime politique, en général sous la forme d’un Etat découlant de celui-ci au peuple en question. Néanmoins, aucun texte juridique ne définit la notion de « peuple » : est-ce une ethnie ? Un groupe de personnes parlant une même langue ? Un groupe de citoyens aspirants à des idéaux ?

 

 

Le château de Saint-Germain-en-Laye

 

Le traité de Saint-Germain-en-Laye donnera raison aux Polonais de la Galicie d’intégrer l’Etat polonais nouvellement reformé, les Roumains de Bucovine d’intégrer l’Etat roumain, aux Serbes, Croates et Slovènes de créer le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (qui deviendra dès 1929 la Yougoslavie) et aux Italiens de prendre le Tyrol de Sud ainsi que Trieste, l’Istrie, Fiume, Zadar et quatre îles de la Dalmatie, alors revendiqués par les Slovènes, Croates et Serbes. Considérée comme peuple vaincu, l’éphémère République d’Autriche allemande n’est pas rattachée à la République de Weimar et deviendra la République d’Autriche telle que l’on la connait aujourd’hui. Perdants de ce traités sont également les Ukrainiens qui n’arriveront pas à former leur propre Etat, et les Allemands des Sudètes, qui se retrouvent comme minorité germanophone en Tchécoslovaquie.

La Tchécoslovaquie entre 1920 et 1938.

La République tchécoslovaque est, malgré le principe des peuples à disposer d’eux-mêmes, un rassemblement de peuples artificiels. Les Tchèques sont politiquement rattachés à l’Allemagne, avec historiquement des rois de Bohême qui ont appartenus au Saint-Empire germanique puis à la Maison d’Autriche. Les Slovaques sont issus culturellement de la domination hongroise. Néanmoins, ces derniers ne représentent que 50% de la population du nouvel Etat-nation, alors que des Hongrois, des Allemands et des Polonais cohabitent dans cet espace multi-ethnique. Les Allemands vivant dans la Région des Sudètes sont 3 millions, alors que la Tchécoslovaquie a 15 millions d’habitants. Jusqu’en 1935, seul une minorité de députés représentant les germanophones exigera la sécession de la région et la négation de l’appartenance nationale. Cependant, la crise économique de 1929 aura pour conséquence d’élever le chômage dans la région et les exigences nationalistes allemandes. Dès mars 1938 et l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, on parle de « crise des Sudètes », étant donné que le prochain but d’Adolf Hitler était de rattacher la Région des Sudètes au IIIè Reich. Citant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il annonce qu’il annexera cette région au plus tard le 1er octobre 1938.  Le Führer allemand est lors de l’annexion de l’Autriche encore davantage soutenu et plébiscité par l’opinion allemande, car cette annexion permet la constitution d’un grand Empire, souhaité par certains depuis le milieu du XIXème siècle.

 

Carte illustrant le Troisième Reich après l'Anschluss (l'annexion) de l'Autriche

Néanmoins, si la Tchécoslovaquie est agressée, la France et la Grande-Bretagne doivent lui venir en aide en tant qu’alliés. Une intervention dans les Sudètes équivaut à une déclaration de guerre envers la France et la Grande-Bretagne mais la Wehrmacht n’est pas prête en 1938. En parallèle, la Grande-Bretagne, avec son Premier ministre conservateur Neville Chamberlain, met en avant une politique d’apaisement, déjà promue par ses prédécesseurs. Cette politique découle de l’idée qu’aucun homme rationnel ne peut vouloir une nouvelle guerre, ce qui entrainerai la fin de la civilisation. L’idée qu’Hitler, ancien combattant de la Première Guerre Mondiale, voudrait à nouveau une guerre, paraissait déraisonnable. Du coté de la Grande-Bretagne, on a considéré que l’on devait accorder à l’Allemagne ce qu’elle souhaitait dans une perspective d’égalité des droits.

Mobilisation des réservistes de l'armée française en septembre 1938

 

Au contraire, Edouard Daladier est plus inquiet de la situation. Lui-même est à la veille d’élections et sait que la France n’est pas prête pour faire la guerre, tout en ne souhaitant pas intervenir seul sans les Britanniques. Néanmoins, la France mobilise ses troupes à travers ses réservistes. L’Union Soviétique mobilise également ses troupes fin septembre 1938, mais cherche à obtenir de la Pologne et de la Roumanie un accord pour traverser leurs territoires : les Roumains accepteront, contrairement aux Polonais.

D’autre part, Benito Mussolini n’est pas convaincu de l’idée d’un conflit européen immédiat : Adolf Hitler convoque dès lors la Conférence dite « de la dernière chance ». Les accords découlant de la Conférence de Munich sont les suivants : le territoires des Sudètes doit être évacué par les Tchèques avant le 10 octobre 1938 tout en étant occupé par les troupes allemandes et une partie de la Silésie (représentant 96 km² et 258 000 habitants) sera rétrocédée à la Pologne. De plus, Neville Chamberlain réussit à avoir l’engagement de l’Allemagne l’obligation de négocier de manière pacifique les différents futurs.

Les Sudètes, ici en blanc sur la carte (Source : historyonthenet.com)

Néanmoins, les conséquences directes de cet accord sont de grande ampleur. Selon les sources, entre 150 000 et 250 000 Tchèques sont obligés de fuir. Le gouvernement tchèque capitule le 30 septembre 1938 et met fin à la Première République Tchécoslovaque. La déception est grande chez les Tchèques : on parle de « trahison de l’Ouest » ou de la « trahison de Munich ». Le Président Benes démissionne le 5 octobre 1938 avec l’aide financière secrète de Staline en partant en exil à Chicago.

Dès lors, la Tchécoslovaquie vit un démembrement : la Bohême et la Moravie ont perdu 38% de leur superficies et la Hongrie a annexé presque 12 000 km². Le nouveau gouvernement, dirigé par Rudolf Beran issu du Parti d’unité nationale (à placer à droite de l’échiquier politique) tout en étant sous la houlette du nouveau Président Emil Hacha, doit faire face à l’afflux de réfugiés tchèques ou slovaques et souhaite contrer les manoeuvres sécessionnistes des nationalistes slovaques. En mars 1939, l’armée allemande envahit la Boheme et la Moravie en y mettant en place le protectorat de Boheme-Moravie. La République slovaque deviendra un Etat indépendant contrôlé par l’Allemagne nazie.

Conséquences des Accords de Munich (Source : Wikipedia)

Chamberlain et Daladier sont célébrés à leur retour dans leur pays respectifs : en France, mis à part la fin officielle du Front populaire suite à la position « antimunichoise » du PCF, les répercussions sont positives. Edouard Daladier est acclamé pour avoir « sauvé la paix ». De l’autre coté de la Manche, Neville Chamberlain est surnommé « the peacemaker », et l’opinion publique pense qu’elle a échappé à un conflit d’ampleur majeure et montre sa reconnaissance pour la signature d’accords de paix.

Viendra un discrédit pour la France et le Royaume-Uni sur le plan diplomatique : l’Union Soviétique y voit un risque de front commun occidental contre elle et ouvre des négociations qui aboutiront au pacte de non-agression entre l’Allemagne et l’Union Soviétique signé le 23 aout 1939. Viendra très rapidement le 1er septembre 1939 l’invasion de la Pologne, organisée de manière coordonnée avec l’Union Soviétique, provoquant ainsi le début de la Seconde Guerre Mondiale.