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Parlons Politique !

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La tenue des Jeux olympiques en France : intérêts et limites

La tenue des Jeux olympiques en France : intérêts et limites

La tenue des Jeux olympiques en France : intérêts et limites

Alors que la France est certaine d’organiser les Jeux Olympiques dans la décennie à venir, il est difficile de se déclarer farouchement pour ou contre sa tenue dans la capitale française. Malgré l’appui du gouvernement et d’un soutien affiché dans les médias, le soutien de la tenue du plus grand évenement sportif planétaire sur le sol français en 2024 peut paraitre compromis si l’on prend en compte plusieurs critères. Néanmoins, la tenue de grands événements rime le plus souvent avec l’éminence d’une expansion économique à court terme et un esprit fédérateur sur le long terme.
Alors que l’on annonce des budgets de plus en plus réduits à l’avenir, pourquoi la France devrait-elle  miser sur les Jeux Olympiques pour se relancer ? Cette candidature n’émane t-elle pas d’une stratégie politique bien calculée ? 

 Il faut en premier lieu prendre en compte l’initiative valorisante pour la France d’organiser les Jeux Olympiques. Le sport est une excellente vitrine de publicité pour un pays et permet dans la joie et dans la bonne humeur d’apprécier le moment présent, tant qu’aucun incident a lieu. La tenue de grands évenements, comme ce fut le cas avec la Coupe du monde de football en 1998 ou des Championnats d’Europe de football l’an dernier, a permis de redorer le blason de la France en permettant de donner une bonne image au pays grâce au bon déroulé des événements. L’organisation d’un grand évenement peut avoir des conséquences sur le pays et doit correspondre à une attente d’un peuple entier. 

Tout d’abord, on notera que l’organisation des Jeux Olympiques de 2024 pourrait être forte en symbole. Le fait que la ville de Paris, ville de Pierre de Coubertin, organise cent ans après les Jeux de 1924 à Paris à nouveau cet événement permettrait d’effectuer un parallèle entre deux siècles et la place de la France au coeur du CIO. 
De plus, la France va vers une nouvelle donne politique : en organisant les Jeux Olympiques, elle pourrait davantage imposer sa vision et son leadership à l’échelle du Monde. Ceci confirmerai les initiatives prises dernièrement par le nouveau locataire de l’Elysée depuis son élection : la France partirai vers une nouvelle dynamique politique, et peut se permettre de s’imposer face aux grands acteurs planétaires en mettant en place des grands projets que l’histoire retiendra. L’organisation des Jeux pourrait ainsi marquer la Présidence Macron et encourager la France à ce qu’elle retrouve une place importante sur les différentes estrades politiques et institutionnelles. 
On notera également que la France est à la recherche permanente d’un équilibre social : après le début du XXIème siècle marqué par de nombreuses tensions sociales, une crise économique, le terrorisme et la montée d’extrémismes politiques, il faut faire table rase de ce passé pour aller de l’avant, et cela peut passer par l’organisation de grands projets fédérateurs, pour que la France puisse entrer dans son XXIème siècle. La France a les capacités et le potentiel pour que ce projet, certes pharamineux, puisse être un succès. Elle sait être présente dans les grands moments et sait se montrer exemplaire et innovante dans différents domaines : pourquoi ne pas utiliser son fort potentiel et son expertise dans ce domaine pour montrer avec fierté le talent français ? 


On notera, que l’opinion publique se penche plutôt pour la tenue de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques. Selon une enquête Odoxa-Le Parisien réalisée en avril, 61% des Français interrogés y étaient favorables. Cela prouve l’enthousiasme présent autour de l’organisation et de la mise en place d’évenements de grande ampleur sur le sol français. Les franciliens, qui seront impacts de manière directe ou indirecte de la tenue des Jeux, voient dans un sondage paru le 21 juin dans le JDD que la candidature parisienne est une bonne nouvelle pour la France pour 79% des personnes interrogés. 
Néanmoins, un point irrite près de 84% de Français interrogés : les Jeux Olympiques ont tendance à être trop couteux. 

 

D’un point de vue objectif, il est intéressant de constater doit constater que les Jeux Olympiques ne sont pas seulement organisés pour avoir comme unique but la beauté du sport. L’organisation des Jeux Olympiques a aussi but politique. Tout d’abord, un pays organisateur peut émaner ses désirs de domination politique. Ce fut par exemple le cas des Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, qui seront qualifiés par le professeur Alfred Wahl, spécialiste de l’Allemagne contemporaine, de « vaste campagne de propagande diplomatique ». De plus, les Jeux Olympiques ont pu, au sein du contexte de la Guerre Froide, être utilisé à des fins idéologiques pour être au service des grandes puissances : par exemple, 60 délégations ont refusé de se rendre aux Jeux Olympiques de 1980 à Moscou pour protester contre l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Quatre ans plus tard, l’Union Soviétique boycottera à son tour les Jeux à Los Angeles. Les grands événements sportifs sont par conséquent des instruments de soft power, où les rapports de force entre les régions du monde sont mis en évidence. L’attribution des Jeux illustre ainsi les oppositions politiques, économiques et sportives à l’échelle mondiale.

La question des coûts est la plus polémique liée à l’attribution des Jeux Olympiques. Le coût réel étant difficile à estimer, on arrive le plus souvent à des conclusions divergentes à ce sujet. Un seul élément peut mettre tout à chacun d’accord : le budget est toujours sous-estimé, notamment à cause des couts d’investissments dans les infrastructures qui ne sont pas pris en compte dans les dépenses liés à la simple tenue des épreuves. Andrew Zimbalist, professeur d’économie au Smith College et auteur de Circus Maximus : le pari économique derrière l’organisation des JO et de la Coupe du monde, observe que l’aubaine économique promise ne peut être réalisée. Il estime que les Jeux couteraient entre 10 et 15 milliards d’euros à la ville organisatrice, dépassant ainsi les recettes induites de la billetterie, contrat de télévision ou divers sponsors. Il affirme dès le début des Jeux Olympiques de Rio sur Project Syndicate que « les Jeux sont en réalité un projet inutile et ruineux » lié à un « mythe économique au proportions olympiques (…) la détresse budgétaire des villes organisatrices crée un environnement économique moins favorables » 
Cela amène vers un second problème lié à la tenue de Jeux : l’entretien couteux des infrastructures construites pour l’événement. Surnommé « Les Jeux du béton » par la jeune maire populiste de Rome Virginia Raggi, les Jeux laissent derrière eux des infrastructures coutant des millions d’euros en entretien et ne reflètent pas les besoins du pays organisateur : si l’on prend l’exemple de la ville de Rio, rien que 6 mois après la tenue des Jeux, les installations sportives sont vides et détériorées (stade à l’abandon, piscines remplies d’eau stagnante). Des plans de reconversions, initiés par le CIO et le Brésil, n’ont pourtant jamais vu le jour.