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Parlons Politique !

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Mode d’emploi et enjeux : le mouvement des Gilets Jaunes

Mode d’emploi et enjeux : le mouvement des Gilets Jaunes

Manifestation de Gilets Jaunes à Bordeaux

Le mouvement des Gilets Jaunes, lancé par une première grande manifestation le 17 novembre 2018, occupe depuis l’espace politique français. Au départ lancé contre la hausse des prix du carburant liée à l’augmentation de la taxe sur les produits pétroliers, ce mouvement contestataire s’élargit sur la questions du pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires, le sentiment de délaissement des zones rurales et périurbaines et la défiance vis-à-vis de la classe politique et des corps intermédiaires. Présentée comme spontanée et apartisane, des manifestations ont lieux depuis tout les samedis, notamment à Paris. Voici quelques pistes de réflexions sur le sujet choisies par la rédaction.

 

La colère des Gilets Jaunes pourrait en guise d’introduction s’expliquer par deux postulats de départ : montrer tout d'abord le manque de pédagogie gouvernementale sur la transition écologique et la politique fiscale en général et en second lieu, le ressenti négatif de la population d'avoir l’impression de payer toujours plus d’impôts, de payer pour « les autres » et de ne pas en voir la couleur.

Néanmoins, considérer ce mouvement social dans un ensemble historique et sociologique permet de  mieux le comprendre.  

 

Selon Danielle Tartakowsky, historienne des mouvement sociaux, ce mouvement social perturbe les catégories de droite et de gauche et prend sa place dans « un retour de révoltes qui ne s’inscrivent plus dans les formes classiques de la manifestation». 

 

Alexis Spire, sociologue et directeur de recherche au CNRS évoque que la structure du mouvement s’est crée par les réseaux sociaux et le très fort écho médiatique. On peut ainsi y relever un lien de parenté avec les jacqueries, définies par les explosions populaires qui rassemblaient dans les campagnes sous l’Ancien Régime contre la noblesse vue comme une caste sourde aux difficultés rencontrées par le peuple. Ce type de mouvement social a un lien de parenté avec le discours anti-élites, rejoignant ainsi le thème du petit contre le gros dans le champ politique. La hausse du prix du carburant se transforme ainsi en une goutte d’eau qui fait déborder le vase : le carburant est le déclencheur d’un sentiment général d’injustice fiscale. Ce ressenti repose d’une part par le mécontentement lié à une fiscalité ressentie comme trop élevée par les ménages, et d’autre part l'impunité liée aux différents scandales fiscaux de ces dernières années (affaires Bettencourt, Cahuzac, Thévenoud, Panama Papers, Paradise Papers, LuxLeaks). À cela s’ajoute la quasi-suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune ayant accentuée l’idée que ceux d’en haut s’en sortent sans rien payer alors que ceux d’en-bas supportent tout.

 

 

Le déclencheur du mouvement politique est la hausse des prix du carburant. Cette dernière, motivée par une volonté de transition écologique soulève deux questions fondamentales : Comment concilier écologie et justice sociale ? Comment susciter l’adhésion aux changement structurels radicaux que nous devons opérer, avant  que le dérèglement climatique ne soit irréversible ?

Il faut prendre en considération l’obsolescence d’un modèle économique, environnemental et social hérité des Trente Glorieuses liée au retard des reformes structurelles nécessaires : les énergies fossiles peu chères ne sont pas éternelles et nos sociétés doivent se préparer à une mutation profonde de nos politiques d’aménagement et d’infrastructures. Il est donc nécessaire d’adapter la fiscalité pour encourager les pratiques les plus vertueuses et pénaliser les plus destructrices pour la santé et l’environnement. Si aujourd’hui la hausse des prix du carburant est source de tensions, alors demain le prix des aliments, lié à un modèle agro-alimentaire dépendant du pétrole, le sera aussi. Ces tensions s’expliquent donc par des décennies d’inaction. Plus on attend, plus il sera difficile et couteux d’agir.

 

Stéphane Guérini, nouveau délégué général de LREM

L’argumentaire du parti LREM consiste à dire que la transition écologique est un impératif absolu, notamment par l’évidence des catastrophes naturelles successives et de l’effondrement prédit par les scientifiques si nous ne réduisons pas nos émissions de gaz à effet de serre : il est donc ici soulevé un devoir d’équité, car si la transition écologique conduit à stigmatiser ou à appauvrir une partie de la population, elle sera rejetée et sourira « le populisme ».

Selon les signataires d'une tribune parue le 15 novembre dernier, geler la taxe carbone consisterait à enfermer les Français dans l’illusion que la transition écologique est possible sans changement de comportement, dans une dépendance néfaste pour l’économie et pour la santé. Il est rappelé que 70% de la hausse des prix du carburant est liée à la hausse du prix mondial du pétrole ce qui est indépendant de l’action du gouvernement : les importations de pétrole et de gaz représenteraient un déficit commercial de plus de 40 millions d’euros par an soit 600 euros par Français, qui partirait vers la Russie et les pays du Golfe, exportateurs de pétrole.

En outre, la dépendance au diesel et à l’essence constitue en outre un problème majeur de santé publique : on estime à près de 48 000 décès prématurés en France l’impact sanitaire des polluants de proximité. Les particules fines sont néanmoins pointés du doigt dans le développement de maladies chroniques comme l’asthme ou différents cancers. L’augmentation de la taxe carbone serait positive à long terme pour l’économie française et le pouvoir d’achat des Français dès lors que les recettes sont utilisées pour abaisser d’autres taxations et que des mesures d’accompagnement sont prévues pour les ménages les plus fragiles (prime au covoiturage, « développement des mobilités douces », augmentation du chèque énergie pour les ménages les plus fragiles, aide à l’achat de voitures électriques, élargissement de la prime à la conversion d’un vieux véhicule ou d’une vieille chaudière fioul). On y retrouve l'idée que cette transition du système fiscal permettrait d’augmenter la fiscalité énergétique pour réduire celle sur le travail. Ceci permettrait également de taxer davantage les produits importés comme le pétrole et moins taxer les produits fabriqués sur notre territoire.

 

Toutefois, il est nécéssaire de voir qu’une mesure telle doit s’inscrire dans une stratégie globale de transformation de la société qui fait reposer l’effort sur l’ensemble des acteurs, à travers une politique fiscale juste et transparente. On nourrit le sentiment que l’ajustement de la sortie du diesel, comme la transition écologique repose uniquement sur les consommateurs. Constructeurs automobiles et producteurs d’énergies fossiles bénéficient néanmoins de la baisse d’impôt sur les bénéfices et à l’inverse la hausse de la fiscalité sur des produits du quotidien certes nocifs, ont des répercussions négatives sur le budget des Français. Notre société se retrouve contrainte de trouver une nouvelle ère de protection sociale pour les concitoyens les plus pauvres : une fiscalité repensée avec un effort et une redistribution des richesses pensée autrement. Les plus modestes pourraient ainsi garder en cas de statut quo à l’esprit que la transition écologique ne peut que se faire contre eux, ce qui creuse le fossé entre action publique et population, avec par la suite une plus grande cristallisation de la société française, ce qui retarderait la mise en oeuvre de la transition écologique.

La problématique suivante subsiste dans l’utilisation des recettes de la fiscalité des produits pétroliers. Depuis 2012, une politique de transition écologique est mise en place : une taxe est lancée proportionnellement au contenu en CO2 est instaurée dès 2014 pour les combustibles fossiles : initialement à 7 euros pour une tonne de CO2, elle est augmentée à 30,5 euros la tonne en 2017. Il est prévu par la Loi de Finances pour 2018 que cette taxe soit multipliée par trois en cinq ans. De plus, une hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) est adoptée en 2017 sur proposition du gouvernement E.Philippe.

 

 

 

Ce qu'il faut retenir à travers l'affectation de la TICPE selon la Loi de Finance 2019 : 

- 45 % de la TICPE en 2019 sera allouée au budget général de l’Etat, ce qui regroupe tout les postes de la dépense publique. 

- 33% de la TICPE en 2019 sera allouée pour le financement des collectivités locales (financement des dépenses sociales par exemple)

- 19% de la TICPE en 2019 sera dédiée au financement de la transition écologique (dont trois quart dans le soutien pour des énergies renouvelables électriques, financement du surplus nécéssaire à une électricité verte par rapport aux solutions conventionnelles comme le nucléaire)

 

Manifestation de Gilets Jaunes à Rochefort, le 24 novembre 2018

Un second point lié à ce mouvement social est le sentiment de perte de pouvoir d’achat : selon une étude publiée par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) parue le 20 novembre le revenu disponible des ménages aurait baissé en moyenne de 440 euros constants par an en FR entre 2008 et 2016, ce qui correspond à une baisse de 1,2% du revenu disponible annuel moyen. Une perte qui avoisine les 160 euros pour les 5% des ménages les plus modestes et 2 500 euros pour les 5% les plus aisés. Deux facteurs permettraient d'éclaircir cette perte de pouvoir d’achat à moyen terme : les évolutions démographiques et les réformes socio-fiscales entreprises entre 2008 et 2016. Selon cette étude, les évolutions démographiques s’expliquent par la hausse de la part des ménages retraités en lien avec le vieillissement de la population et de celles des familles monoparentales et des personnes seules, ce qui expliquerait une baisse du revenu moyen par ménage de 1,1%. Les conséquences de la crise économique, notamment par la hausse du chômage et du temps partiel, auraient dans l’ensemble eu un effet nul sur le moyenne du pouvoir d’achat des ménages, mais les ménages ayant un niveau de vie inférieur à la médiane auraient subi les effets de la dégradation du marché du travail. En dernier lieu, les réformes socio-fiscales entre 2008 et 2016 auraient entrainés une baisse du pouvoir d’achat de 1,4% des ménages dans leur ensemble. Les 5% des ménages les plus aisés auraient en moyenne vu leur revenu disponible de 5 640 euros par an, suite à des nouvelles mesures fiscales, comme par exemple la hausse des cotisations sociales, la création d’une tranche d’impôt sur le revenu à 45% et une imposition au barème de l’impôt sur le revenu des revenus du capital. Les 5% les plus modestes ont vu leur revenu disponible annuel s’accroitre de plus de 450 euros en moyenne et les 5% au-dessus l’ont vu augmenter de 890 euros en moyenne grâce à une réformes des prestations sociales, comme la revalorisation des minima sociaux ou la création de la prime d’activité par exemple. L’étude explique également que le mesures sociales et fiscales intervenues en 2017 auraient un impact quasi nul sur les inégalités de niveau de vie : les 10% des personnes les plus modestes auraient en moyenne une hausse de pouvoir d’achat de 0,4% liés à la mise en place de la garantie jeunes et de la nouvelle revalorisation du RSA et des aides familiales, néanmoins handicapées par la baisse des aides au logement. Les ménages de niveau de vie intermédiaire bénéficient d’une part d’une baisse d’impôt sur le revenu de 20% en moyenne mais seraient touchés par la hausse des taux de cotisation vieilleisse.

D’un point de vue conjoncturel, un constat de l’INSEE paru en octobre 2018 prédit des gains significatifs en pouvoir d’achat en fin d’année 2018. La stabilisation des prix du pétrole permettrait d’avoir un taux d’inflation en dessous de 2%, après avoir atteint 2,3% en juillet et aout 2018, soit 1,4% de plus qu’à la même période un an auparavant. La hausse du niveau général des prix s’explique par la hausse des prix du pétrole, du tabac et des produits alimentaires. De plus, on relève une hausse des salaires nominaux par tête dans le secteur marchand, mis à part dans l’agriculture, de  2% en moyenne liée à des difficultés de recrutement. La progression des salaires par tête en termes réels, c’est à dire compte tenu d’inflation, serait en 2018 comme en 2017 de 0,4%. En dernier lieu, l’étude relève d’une part une hausse de la masse salariale de 3% en 2018 après avoir été de 3,1% en 2017 et d’autre part une hausse du revenu disponible brut des ménages de 2,9 % en 2018. Pour résumer, la hausse de l’inflation en 2018 entraine une diminution de 0,1% de la hausse du pouvoir d’achat par rapport à 2017 (1,4% contre 1,3% sur l’année). Néanmoins, le pouvoir d’achat aurait crû de 0,5% au troisième trimestre 2018 avant d’avoir une hausse de 1,7% au dernier trimestre.

 

Manifestant portant un masque représentant Emmanuel Macron

 

A coté des revendications en matière de fiscalité et de pouvoir d’achat, la cible du mouvement des gilets jaunes est aussi la Président Macron. Adepte de petites phrases choquantes et d’expressions pouvant passer pour de l’arrogance ou du mépris de classe concernant les minimas sociaux « On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux », en qualifiant le peuple français de « Gaulois réfractaires au changement » ou répondant à une personne en recherche d’emploi « Je traverse la rue, et je vous en trouve [du travail] », l’impopularité du Président de la République est plus à remettre en question. La communication politique du Président clive davantage une société traversée par de nombreux clivages sociologiques. L’idée que beaucoup de Français soient insatisfait par leurs représentants et leurs gouvernants parait plausible : ces derniers ne répondent plus à leurs aspirations. Emmanuel Macron, ayant profité d’une crise de la représentation politique en France pour se faire élire en 2017, incarne la solitude du pouvoir : il se retrouve isolé par le manque de relais locaux et de soutiens de parlementaires d’expérience permettant de mieux l’entourer. Ayant consciemment ou inconsciemment contribué à la chute des corps intermédiaires, il se retrouve enfermé dans son propre piège, celui du face-à-face vis-à-vis de la population.

 

Cette contestation se traduit également sur des propositions concrètes : depuis le 29 novembres, la délégation du mouvement diffuse 42 revendications qu’il souhaite voir mises en oeuvre. Ces revendications concernent la lutte contre la précarité (0 SDF; indexations des salaires, des retraites et des allocations sur l’inflation; hausse des allocations handicapées; limitation des loyers avec davantage de logements à loyers modérés; nationalisation totale du gaz et de l’électricité), le système de retraite (départ à 60 ans et à 55 ans pour les métiers dits pénibles, système de retraite basé sur la solidarité, plancher minimum des retraites à 1200 euros par mois, « interdiction de faire de l’argent sur les personnes âgées »), le système fiscal et bancaire (impôt sur le revenu davantage progressif avec plus de tranches, multinationales contraintes à l’impôt sur les entreprises en France, pas de prélèvement à la source, fin de la commission bancaire pour les commerçants pour les paiements par carte bancaire), la transition écologique (grand plan d’isolation des logements pour faire de l’écologie en faisant faire des économies aux ménages, fin de la hausse des taxes sur le carburant, favoriser le transport de marchandises par la voie ferrée, taxe sur le fuel maritime et le kérosène), les institutions (tout élu devra être payé au salaire médian, entrée constitutionnelle du référendum populaire, retour au septennat, fin des indemnités présidentielles à vie), l’emploi et les salaires (fin du travail détaché, limiter le nombre de CDD dans les grosses entreprises, SMIC à 1300 euros net, salaires maximum fixé à 15 000 euros, création d’emploi par des chômeurs), l’économie (interdiction des délocalisations, fin du CICE pour lancer une industrie française de la voiture à hydrogène, interdiction de vendre des biens appartenant à la France, favoriser les petits commerces des villages et centre-ville avec plus de parkings gratuits dans les centres-villes, intégralité des bénéfices par les péages des autoroutes reversé à l’entretien des autoroutes et à la sécurité routière, fin des politiques d’austérité en luttant contre en priorité contre la fraude fiscale), la politique migratoire (résolution des problèmes des migrations forcées, bon traitement des demandes d’asiles avec logement, sécurité, alimentation et éducation pour les mineurs tout en collaborant plus étroitement avec l’ONU, expulsion des déboutés du droit d’asile du territoire français, mise en oeuvre d’une « réelle » politique d’intégration via des cours de langue française, d’histoire de la France et des cours d’éducation civique avec une certification à la fin du parcours), notre système de santé (même système de Sécurité sociale pour tous y compris les artisans et les auto-entrepreneurs, davantage de moyens apportés à la psychiatrie) ainsi que quelques revendications diverses (fin de la fermeture des petites lignes, des bureaux de postes, des écoles et des maternités, davantage de moyens attribuées à la justice, à la police, à la gendarmerie et à l’armée avec récupération ou paiement des heures supplémentaires des forces de l’ordre, maximum 25 élèves par classe de la maternelle à la terminale, continuation des aides Pajemploi jusqu’à ce que l’enfant aie 10 ans).

 

Néanmoins, la démission et le départ du Président de la République, souhaitée par une partie du mouvement, est compliquée à mettre en oeuvre, à moins d’abolir la Vè République : aucun chef de file politique et aucun leader politique s’est vu assumer la légitimé du mouvement et aucun ne peut démocratiquement recueillir à ce jour intégralement les suffrages des personnes mécontentes. Une sortie de crise pourrait être permise avec l’écoute des revendications de ce mouvement par l’exécutif, devant renoncer à certains de ces choix politiques. L’avenir politique du pays est donc aujourd’hui remis en question : puisque les sensibilités dites républicaines (gauche, centre, droite) ont déjà été essayée, que faire ? L’absence de résultats économiques et la création d’un mouvement contre le Président élu il y a 18 mois donne, sous un certain angle, l’impression d’un statu quo. Malgré lui, Emmanuel Macron hérite des échecs de ses prédécesseurs et du bipartisme.

 

Le mouvement des Gilets Jaunes a permis ce que les partis politiques et les syndicats n’ont pas réussis : la convergences de la lutte. Au sein d’espaces périphériques (qui selon Christophe Guilluy, auteur de La France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populaires, paru en 2014, souffre de la mondialisation et est prête à se révolter contrairement à la France métropolitaine qui reçoit les bénéfices de la mondialisaient et est globalement prospère) victimes de la mondialisation, avec des lacunes au seins des services publics, de l’internet haut débit et l’investissement, après avoir semé le mépris d’un peuple oublié qui doit en permanence d’adapter au plus vite malgré lui, provoque le désespoir quant à la peur du déclassement et d’un ascenseur social en panne. Cette France a pour souhait qu’on l’écoute et qu’on la comprenne. Ce mouvement prend-t-il l’allure d’une révolte ou est-il l’avant-garde d’une révolution ?

 

La réflexion du philosophe italien Giorgio Agamben, spécialiste de l’histoire des concepts sur une société voyant une partie de sa population se paupérisant hésitant entre la révolte et la révolution, reprise dans une tribune d’Alain Bauer, donne du grain à moudre : « Dans L’Idéologie allemande, Marx consacre plus de 100 pages au théoricien de l’anarchie Stirner, dont il récuse la distinction entre révolte et révolution. Stirner théorise la révolte en tant qu’acte personnel de soustraction, égoïste. Pour Stirner, la révolution, c’est un acte politique qui vise le conflit contre une institution, alors que la révolte, c’est un acte individuel qui ne vise pas à détruire les institutions. Il suffit tout simplement de laisser l’État être, et ne plus l’affronter : il va se détruire lui-même. Marx oppose une sorte d’unité entre la révolte et la révolution. Il cherche l’unité des deux : ce sera toujours pour des raisons égoïstes, pour ainsi dire de révolte, qu’un prolétaire fera un acte directement politique (…) Ni le modèle parti, ni le modèle d’action sans parti : il y a besoin d’inventer ».

 

Pour poursuivre la réflexion, nous avons décidé d’interroger deux rédacteurs de Parlons Politique, Pierre-Jean Planton et Clément Colombet sur le sujet. 

 

Que pensez vous du mouvements des gilets jaunes ?

Pierre-Jean Planton : Le mouvement des gilets jaunes est pour moi flou. C’est une nébuleuse regroupant un tout et son contraire. Nous avons là un mouvement populaire effectivement, regroupant de réelles personnes étant dans le besoin mais aussi des groupuscules extrémistes et violents aux idées nauséabondes. Cependant je le trouve utile dans le sens ou il pourrait permettre de renouer un dialogue entre le sommet de l’État et les personnes dans un besoin pressant, à condition que cela se fasse dans un respect de nos valeurs républicaines, et de la fonction du chef de l’État, ce qui n’est actuellement pas le cas !

 

Clément Colombet : Je suis satisfait de la forme prise par la contestation. Ce mouvement ne ressemble à rien de ce que l’on a vu jusqu’à ce jour. Une mobilisation de masse ayant comme point d’appui la remise en cause des choix budgétaires globaux du gouvernement que ce soit du point de vue écologique ou bien sur les lois qu’il met en place, s’est désormais établie.

 

Que pensez vous de la récupération politique du mouvement ?

P-J.P : La récupération politique de ce mouvement n’est guère étonnante. À mon sens elle était évidente, les différents partis qui s’opposent à l’action de l’exécutif sont à chaque fois présent lorsqu’il s’agit de pouvoir attaquer, quitte à ce que cela aille à l’inverse de ce que certains prônaient lors de la campagne présidentielle. Nous assistons d’une certaine manière à un incessant “Macron bashing” visant à attaquer coûte que coûte l’action du président légitimement élu.

 

C.C : En effet, chaque parti récupère ce mouvement à sa juste valeur. Mais, ce qu’il faut en retenir, c’est que l'on a ici un mouvement populiste (au sens noble du terme) qui n’est pas en accord avec Monsieur Macron. Chacun Gilet Jaune souhaite son retrait.

 

Le gouvernement est-il à votre avis à la hauteur ?

P-J..P  : Il est très difficile de dire si actuellement le gouvernement est à la hauteur de la situation. Dans un sens, les événements récents me rappellent quelques similitudes avec la crise du 6 février 1934. Maintenant, le gouvernement doit être prudent, les “révoltes” à titre fiscales sont une menace pour l’économie et indirectement le pouvoir. Emmanuel Macron devra je pense ne pas rester sourd aux revendications de ce mouvement, tout en prenant garde à ne pas perdre de vue les idées de son action, pour laquelle il fut élu malgré les adversaires politiques de l’époque.

 

C.C : Non, le gouvernement n’est pas à la hauteur. E.Macron n’a rien voulu faire après avoir entendu les représentants des Gilets Jaunes et c’est désormais pour cela que ce mouvement va continuer dans cette lignée. De nombreuses personnalités politiques soutiennent désormais pleinement le mouvement contre la hausse des prix du carburant, appelant ses troupes à être "les plus nombreuses possibles" aux côtés des manifestants.