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Parlons Politique !

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Mode d'emploi et enjeux : Qui est Laurent Wauquiez, nouveau chef de file des Républicains ?

Mode d'emploi et enjeux : Qui est Laurent Wauquiez, nouveau chef de file des Républicains ?

Les Républicains ont élus en ce mois de décembre leur nouveau Président dans le cadre de leur Congrès le 11 décembre 2017. Il s’agissait du premier rendez-vous de ce genre depuis la nouvelle dénomination du parti en mai 2015. Dirigé par Nicolas Sarkozy, ancien Président de la République, entre mai 2015 et l’automne 2016, la structure héritière de l’UMP avait une direction instable depuis la campagne de la primaire de la droite et du centre. Candidat à cette primaire, Nicolas Sarkozy démissionne de son poste dès son annonce de candidature au mois d’aout 2016 et laisse sa place provisoirement à Laurent Wauquiez, premier vice-président des Républicains. Il restera à ce poste juste qu’à la fin novembre 2016 et la victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre. Bernard Accoyer, député LR de Haute-Savoie et ancien Président de l’Assemblée nationale, est nommé Secrétaire Général des Républicains par le candidat à l’élection présidentielle.

Le Congrès de décembre s’est organisé dans un contexte bien particulier pour la structure partisane : tout d’abord, il est organisé quelques mois après la défaite de François Fillon à l’élection présidentielle. Pour la première fois sous la Vème République, le candidat de la droite est éliminé au premier tour de l’élection présidentielle. Après avoir été menée par François Baroin, la droite n’a seulement pu élire 136 députés aux élections législatives de juin 2017, soit 90 de moins par rapport à la dernière élection législative de 2012, qui plaçait déjà la droite sur les bancs de l’opposition. D’autre part, le congrès est organisé de façon à trancher une nouvelle ligne politique du parti : la nomination d’un Premier Ministre de droite aux côtés d’Emmanuel Macron, Edouard Philippe, la nomination de Bruno Le Maire, ex-candidat de la Primaire de la droite et du centre, comme Ministre de l’Economie et des Finances ainsi que la formation d’un groupe dissident « Les Constructifs » composé notamment de députés élus sous l’étiquette LR voulant soutenir l’action du gouvernement, pose la question de la position des Républicains face au gouvernement dernièrement formé. 

3 candidats sont retenus pour l’élection du Président des Républicains : 

Florence Portelli

- Florence Portelli, Maire de Taverny ( Val d’Oise) et Conseillère régionale d’Ile de France, connue pour avoir été ancienne porte-parole de François Fillon lors de la primaire de la droite et du centre. 

- Laurent Wauquiez ( Portrait infra.) 

Mael de Calan

- Mael de Calan, Conseiller départemental du Finistère et soutien d’Alain Juppé lors de la primaire de la droite et du centre. A noter qu’il se proclame d’une droite « ouverte pour réformer avec (Emmanuel) Macron (…) et modérée qui adhère à plusieurs propositions que porte Macron, notamment en matière économique » 

Un peu moins de 100 000 électeurs prendront part au vote sur 234 500 inscrits, et Laurent Wauquiez remporte le scrutin avec 73 554 voix (74,64%) dès le premier tour.  

Après avoir menée une campagne offensive vis-à-vis d’Emmanuel Macron, qu’il définit comme quelqu’un n’ayant «  pas d’amour charnel pour la France », il déclare le soir de sa victoire qu’il s’agit d’un « début d’une nouvelle ère pour la droite » et que « la droite est de retour ». 

Mais qui est donc Laurent Wauquiez ? Comment en est-il arrivé là ? 

Issu d’une famille d’industriels du Nord et d’un père gérant d’une société de conseil en investissement,  Laurent Wauquiez est né en 1975 à Lyon. Après une scolarité dans de grands lycées parisiens ( Louis-le-Grand, Henri IV), il poursuit ses études en 1994 à l’Ecole Normale Supérieure où il rentrera en 14ème position au concours d’entrée, avant d’être reçu premier à l’agrégation d’histoire à la Sorbonne en 1997. En parallèle, il est diplômé de la section service public de Sciences Po Paris en 1998 puis un an plus tard en droit public. Il finira ses brillantes études en sortant major de promotion de l’E.N.A en 2001. Il commence dès lors un carrière de haut fonctionnaire au Conseil d’Etat, où il grimpera les échelons jusqu’à son retrait de la haute fonction publique en 2004. 

En parallèle, il est élu suppléant du député et UMP Jacques Barrot lors élections législatives de 2002. En 2004, lorsque ce dernier est nommé commissaire européen, il est élu dans le cadre d’une élection partielle député de la Haute-Loire, là où sa mère avait une résidence secondaire. A 29 ans, il devient le benjamin de l’Assemblée nationale. Un an plus tard, il est nommé secrétaire national auprès du secrétaire général délégué de l’UMP de l’époque, Brice Hortefeux. 

 

En 2007, au gouvernement

Trois ans plus tard, en 2007, ayant été réélu député de la Haute-Loire, il est nommé secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre François Fillon et porte-parole du gouvernement. Un an plus tard, il est élu Maire du Puy-en-Velay, préfecture de la Haute-Loire. Suite aux élections municipales de 2008, il bénéficie d’un remaniement où il est nommé secrétaire d’Etat chargé de l’emploi auprès de Christine Lagarde. Sa tâche consistera à réformer l’assurance chômage, à créer un nouveau service public de l’emploi, à trouver un plan pour l’emploi des séniors et à réformer la formation professionelle. En parallèle, il a été conseiller politique de l’UMP entre 2009 et 2010.

Affiche de son mouvement "La droite sociale"

En 2010, il lance « La Droite sociale », think tank puis mouvement portant des idées sur trois axes : la mise à disposition des bourses pour les classes moyennes dans l’enseignement supérieur, l’amélioration de l’accès au foncier et la remise en question des niches fiscales. Durant la même année, il est nommé ministre chargé des affaires européennes dans le cadre du gouvernement Fillon III. Un an plus tard, il change de poste au sein du gouvernement et devient Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche jusqu’à la fin de la Présidence Sarkozy. 
De retour sur les bancs de l’opposition, il brigue le poste de vice-président de l’UMP aux côtés de François Fillon au Congrès de l’UMP en novembre 2012. Malgré le fait que ce dernier soit battu par Jean-François Copé, il devient vice-président de l’UMP. Il fera au même moment la promotion de son mouvement, pour lequel il obtient 21% des voix des adhérents UMP au congrès de 2012. Il est réélu maire du Puy-en-Velay en 2014 dès le premier tour.

Au changement de nom de l’UMP en Les Républicains en 2015, il est nommé secrétaire général du nouveau parti dirigé par Nicolas Sarkozy. Il est tête de liste LR pour l’élection régionale de décembre 2015 de la nouvelle grande région Auvergne-Rhône-Alpes. Sa liste remporte l’élection au second tour, avec 40% des voix devant la liste PS et la liste FN, lui permettant d’être élu début 2016 Président du Conseil Régional d’Auvergne-Rhône-Alpes. Dès lors, il est redevient vice-président des Républicains et quitte la mairie du Puy-en-Velay. 
Il soutient la candidature de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite et du centre de 2016, avant de soutenir François Fillon dès le second tour de la primaire. 
Il n’est pas candidat à sa propre réélection aux élections législatives de juin 2017 et quitte son siège à l’Assemblée nationale. 
Fin aout 2017, il se déclare candidat à la Présidence des Républicains et devient rapidement le grand favori au scrutin interne. 
 

Quelles sont les idées qu'il défend ? 

Pour mieux comprendre les prises de positions de Laurent Wauquiez, nous avons décidé de vous rassembler l’analyse d’un politologue et d’un juriste. 

Gael Bruster

Dans un entretien donné au Figarovox, le politologue Gael Brustier, auteur de Voyage au bout de la droite ( Ed. Mille et une nuit, 2010)  et Le mai 68 conservateur (2014), définit Laurent Wauquiez comme un homme politique à l’affut des évolutions de la société, voulant ainsi rédéfinir son travail idéologique en fonction du temps. Il revient notamment sur les deux essais politiques publiés par Laurent Wauquiez, le premier sur les classes moyennes (La lutte des classes moyennes chez Odile Jacob, 2011) et le second sur l’Union européenne ( Europe : il faut tout changer, 2014). Ces deux ouvrages lui permettent d’être compatible avec un grande partie de la droite, en passant par tout les courants des Républicains, l’UDI et une partie du Front National. La ligne de Laurent Wauquiez serait marqué par la régulation économique, le conservatisme moral et le rapatriement de compétences de l’Union européenne vers le cadre national. Il explique que «  la nouvelle droite » qu’il incarne se fonde donc sur l’interventionnisme étatique et la contestation des politiques économiques européennes, notamment sur la politique budgétaire, le droit à la concurrence et le libre-échange. Néanmoins, il différencie Laurent Wauquiez et le Front National sur un point idéologique : la distinction entre le national-populisme et le conservatisme nouveau. La première ligne séduirait momentanément un électorat plutôt éloigné de la droite en mettant en avant des dangers de l’immigration extra-européenne et la présence de l’islam en Europe. La seconde ligne suivrait davantage un conservatisme plus classique. Il faut prendre en compte que cette nuance n’est seulement théorique et que différents degrés de conservatisme ont été mis en place par les partis de droite ou de droite radicale. Après que le Front National aie séduit cet électorat conservateur, cette nouvelle droite chercherai à récupérer ses électeurs perdus.

Frederic Rouvillois

Dans une interview donné au Monde début décembre, Frédéric Rouvillois, professeur de droit public à l’université Paris-Descartes, spécialiste de l’histoire des idées et de la théorie politique et notamment co-auteur du Dictionnaire du conservatisme (Editions du cerf). Il définit Laurent Wauquiez idéologiquement comme un conservateur.  Il comprend par le terme conservateur notamment les réticences, les prudences et de la modération sur certains questions. L’idée d’une droite qui «  s’assume » voudrait montrer la fin d’une droite qui renonce à ses valeurs et principes actuels, hormis la domination économique. 

Le positionnement sur le travail et les affaires sociales de Laurent Wauquiez se différencie d’un modèle social-démocrate qu’il juge obsolète et injuste, promouvant « le tout-gratuit au détriment de ceux qui travaillent ». Il qualifiera en 2011 les dérives de l’assistanat comme cancer de la société française. Il propose en contrepartie de plafonner les minimas sociaux à 75% du SMIC et d’obliger les bénéficiaires du RSA à effectuer cinq heures par semaines de service social. A propos du travail, il regrette que la droite n’ai pas abrogée la loi des 35 heures entre 2007 et 2012.  Il met également en avant l’idée d’un jour de carence lors d’un arrêt maladie, voulant en faire une question de principe et de responsabilisation des individus. 
Il déclare également à propos de la Sécurité sociale en 2014 que «  l’immigration sociale, ceux qui viennent toucher nos prestations sociales, a remplacé l’immigration du travail ».

Son positionnement sur certains sujets de sociétés permet de mieux cerner l’homme politique.

Manif pour tous, 2013

Il est connu pour s’être opposé au mariage pour les couples homosexuels, demandant notamment une référendum sur ce texte, après avoir déclaré par le passé dans un ouvrage de droit constitutionnel « Les 101 mots de la démocratie française » ( Odile Jacob, 2002)  que les sujets de sociétés ne doivent pas être traités par référendum, contrairement à l’organisation des pouvoirs publics, les réformes relatives à la politique économique et sociale et l’autorisation de ratification des traités. Sur la loi pour le mariage pour tous, il dénonça « une grande manipulation politique cherchant à culpabiliser les chrétiens et à faire croire que l’opposition au mariage homo et à l’adoption est le fait d’une minorité » et que la proposition de loi serait «  une réforme du rejet, du mépris et de la haine envers les religions ». Il déclara en 2013 que l’homosexualité serait contraire à ses valeurs et que ses convictions personnelles ne lui permettrait pas de procéder à des mariages homosexuels dans sa commune. Il s’oppose également à la GPA et la PMA. A ce sujet, il qualifiera la nomination de Najat Vallaud-Belkacem comme ministre de l’Education nationale comme militante « ultra pro-gender », visant ainsi « une provocation contre les familles ».

Concernant la laïcité, Laurent Wauquiez souhaite « une laïcité intransigeante, y compris vis-à-vis de l’islam », qu’il inclut à la soumission de tout résidents Français aux principes de la République ( laicité, égalité homme-femme, liberté d’expression, respect des traditions et de l’autorité de l’Etat).  En 2011, il déclare au cours d’une visite du Président Sarkozy dans sa commune que «  le peuple français doit assumer ses racines chrétiennes sans rejeter les autres religions », promouvant ainsi une droite social, appelant à un débat sur la laïcité « sans caricature, sans excès et oeuvrer pour un islam ouvert ». Il reviendra sur ses propos quelques jours plus tard en expliquant que « il n’y a pas de débat à avoir sur l’islam, il est évident que l’islam est conciliable avec la République. Il n’y a pas de place pour un débat sur la laïcité, car la laïcité n’est pas un débat, c’est le socle du contrat républicain. Il y a en revanche, un vrai débat à avoir sur l’intégration ». En 2015, il nuance son propos en déclarant qu’il existe  «  des problèmes de conciliation de l’islam avec la République et avec notre mode de vie. Ces problèmes ne sont pas insurmontables : je ne fait pas partie de ceux qui considèrent que l’islam n’est pas compatible avec la République. Il ne faut ni rejeter l’islam en bloc ni être aveugle face aux intégristes qui veulent tester la France (…) ce qui me gène, c’est lorsque pour traiter ces problèmes avec l’islam on veut se donner bonne conscience en tapant avec la même uniformité sur toutes les religions en même temps. »
Sur l’écologie et l’environnement, il se fait remarquer en confiant la gouvernance aux chambres d’agriculture du plan de développement de l’agriculture biologique de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il diminua également les aides aux associations de protection de la nature confiant ce rôle à des associations de chasse.   
Dans le champ de la justice et de la sécurité, il dénonce le « désarmement pénal de la France ». Il s’est déclaré en faveur de la déchéance de nationalité et de la perpetuité réelle pour les terroristes et les complices de terroristes. Il souhaite la création de quartiers spéciaux et des centre de rétentions spécialisés pour contrer le prosélytisme d’individus « déjà fanatisés ». Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, il propose l’internement de toute personne fichée comme susceptible de commettre des actes terroristes ( « Nous, nous disons : il n’y pas de liberté pour les ennemis de la République ») déclarant qu’à gauche «  la culture de l’impuissance a succédé à la culture du laxisme ». 
 

Une dernière prise de position intéressante de Laurent Wauquiez est son positionnement vis-à-vis du Front National. En 2011, il met en évidence que Marine Le Pen « n’est pas une personnalité républicaine », et qu’en cas d’un duel gauche-FN, il appellerait à voter pour le candidat opposé au Front National. En pratique, il déclare qu’il voterait blanc lors d’un duel gauche-FN au second tour d’une élection législative partielle dans le Doubs, en disant qu’on ne « combat pas le FN par des consignes de vote ».

Dans un entretien accordé au magazine conservateur Valeurs actuelles, il déclare « Ma position n’a jamais varié : pas d’alliance avec la gauche et le FN. Une seule boussole : les valeurs de la droite et du centre»