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Parlons Politique !

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Elections fédérales allemandes de 2017 : mode d’emploi et enjeux

Elections fédérales allemandes de 2017 : mode d’emploi et enjeux

Elections fédérales allemandes de 2017 : mode d’emploi et enjeux


Après l’élection présidentielle française en mai 2017 qui a mené à la victoire d’Emmanuel Macron, une deuxième élection a un fort enjeu européen se profile de l’autre côté du Rhin. Le 24 septembre 2017, les allemands seront appelés aux urnes. La chambre basse du parlement allemand, le Bundestag (Diète fédérale allemande), renouvelle ses 600 sièges. L’Allemagne a un système politique parlementaire, où le Bundestag a un rôle prédominant. Différentes interrogations se posent sur les enjeux de cette élection : Angela Merkel briguera-t-elle un quatrième mendat ? Saura-t-elle faire face au leader social-démocrate et ancien Président du Parlement européen, Martin Schulz ?  Quel sera la score de l’AFD, parti eurosceptique et national-conservateur ? Quels seront les partis de gouvernement ?

Quel rôle joue le Bundestag dans le système politique allemand ? 
 
Le Bundestag joue le rôle de la chambre basse dans le système parlementaire allemand. Dans un régime parlementaire, le cabinet est politique responsable devant le parlement ou du moins devant une des chambre du parlement, en contrepartie de quoi, le cabinet peut dissoudre le parlement. Il a donc un positionnement central. En premier lieu, il coopère avec le Bundesrat (chambre haute) le pouvoir législatif et le pouvoir constituant au niveau fédéral, en adoptant les lois fédérales - qui concernent l’ensemble du territoire allemand - et les révisions de la Loi fondamentale de 1949, qui est la Constitution du pays. Il ratifie les traités et adopte le budget fédéral. En même temps, le Bundestag a une légitimité supérieure à celle des autres organes fédéraux, puisque il élit le chancelier fédéral, qui est le chef du gouvernement. Il participe également à l’élection du président fédéral, qui est le Chef d’Etat, qui a pour rôle d'être  «  au dessus des partis » pour jouer le plus souvent un rôle moral supérieur et honorifique, tout en élisant les juges fédérés, qui exercent au sein dans les cours suprêmes fédérales ainsi qu’au Tribunal constitutionnel fédéral, équivalent du Conseil constitutionnel français. De plus, il contrôle l’action du gouvernement fédéral, qui comme évoqué plus haut est responsable devant lui, ainsi que les engagements des forces armées de la Fédération. 
Depuis la réunification allemande, le Bundestag siège à l’ancien siège du Reichstag, Place de la République à Berlin. Auparavant, le Bundestag siégeait à Bonn, ancienne capitale de la République fédérale allemande ( Allemagne de l’Ouest).

Comment est élu le Bundestag allemand ? 

En Allemagne, les élections fédérales ont en général lieu tout les quatre ans, la dernière ayant eu lieu en septembre 2013. 
Le mode de scrutin est assez original puisque il a été crée sur mesure pour cette élection : il s’agit d’un système hybride entre le scrutin proportionnel plurinominal et un scrutin uninominal majoritaire à un tour. Le jour du scrutin, tout électeur dispose de deux voix : dans une première voix, l’électeur vote pour un candidat de sa circonscription. 299 députés sont élus par ce premier mode de fonctionnement. Dans une seconde voix, l’électeur peut voter pour une liste de candidats présentée dans le cadre de son Etat fédéré ( sa région). L’intégralité des 598 sièges de députés fédéraux sont ainsi remplis par un scrutin proportionnel. Sur la base de l’ensemble des voix  seuls peuvent rentrer au sein du Bundestag les partis politiques ayant réunis au moins 5% des suffrages exprimés ou remportés trois circonscriptions.  Les sièges sont alloués en priorité aux députés fédéraux élus au scrutin majoritaire, puis les sièges non pourvus sont comblés par les candidats présentés sur les listes régionales. Ce mode de scrutin permet à un parti de remporter plus de sièges au scrutin majoritaire que ce que la répartition proportionnelle lui accorderait : des mandats dit « supplémentaires » sont crées, et pour que le représentation parlementaire soit rétablie, des mandats dits «  complémentaires » sont attribués aux autres partis. Le nombre final des sièges est ainsi augmenté. Pour la législature entre 2013 et 2017, 630 députés avaient un siège. 

Quels sont les enjeux ? 

Ces élections sont principalement marquée par l’entrée inévitable de l’AFD au sein du Parlement. Ce sera la première fois depuis la fin du Troisième Reich qu’un parti national-conservateur y siège. L’AFD ( : Alternative fur Deutschland : une alternative pour l’Allemagne) avait déjà tenté le coup en 2013 mais échoua de peu sous la barre des 5%. Les sondeurs l’indiquent en 3ème position avec un score avoisinant les 10%, juste devant la FDP ( parti libéral et centriste) et die LINKE ( parti de gauche radicale), tout deux à 9%.  Créé initialement sur un rejet de la politique européenne d’Angela Merkel, le parti a pris un nouveau tournant lors du rejet d’une partie de la population de la politique d’ouverture aux immigrés du gouvernement allemand. Il s’est inscrit dans certaines régions, où des positions traditionnelles des chrétiens-démocraties ou du parti Die LINKE sont menacées. 
Cela change la donne parlementaire allemande, en effectuant une pression à droite sur Angela Merkel : la fraction conservatrices des électeurs du CDU se tourne plus vers l’AFD. Le parti dirigé par la Chancelière doit donc se replier vers ses valeurs les plus traditionnelles, tout en tenant un équilibre avec les fractions libérales et centristes de son parti. La section bavaroise du parti conservateur, le CSU, davantage recroquevillé sur des questions identitaires et sécuritaires, a concentré la campagne locale sur la mise en place d’un quota d’accueil des migrants, ce que refuse catégoriquement la Chancelière.  
Selon les sondages, Angela Merkel a toutes ses chances de rester à son poste, puisque dans les sondages paru à la fin de l’été, le CDU dépasserait les 35% des interrogés, obtenant au jusqu'à près de 37% dans certains sondages. Son principal rival, Martin Schulz, issu du SPD, parti social-démocrate, récolterait environ 25% des voix. Après avoir eu des pics de popularité à la suite de sa nomination par le SPD fin janvier,  les candidats se titillaient pour la première place au sein des indicateurs d’opinions. Néanmoins, Angela Merkel reste relativement populaire, et peut être satisfaite de pouvoir atteindre des taux de satisfaction aussi haut au bout d’un troisième mandat, où une certaine lassitude du pouvoir pourrait faire irruption. 
L’interrogation principale de cette élection est de savoir quels seront les partenaires de coalition avec la Chancelière. Alors que CDU pouvait atteindre 42% des suffrages exprimés en 2013, chose à présent inimaginable, les questions de coalitions et l’établissement d’un contrat de coalition parait difficile, surtout avec 6 partis au sein l’hémicycle, ce qui serait une première depuis 1949. A l’époque, le chancelier CDU Konrad Adenauer fraichement élu devait faire avec deux partis conservateurs situés à sa droite. Il en choisit un des deux, le DP et la FDP pour former son gouvernement. Aujourd’hui, la donne est différente. La CDU juge que l’AFD est infréquentable et exclut tout contrat de coalition avec eux.  Le CDU devra donc chercher des partenaires de coalition à sa gauche. 
L’option la plus simple serait de poursuivre la « grande coalition » qui consiste à gouverner avec la SPD. Mais cela n’est pas souhaité par les deux partis. Le parti social-démocrate se marginaliserait encore plus face aux concessions d’Angela Merkel lors de son dernier mendat ( salaire minimum fédéral, baisse de l’âge de la retraite pour certaines catégories). Le SPD continuerait à être peu dynamique et proche du suicide politique, à l'instar de ses homologues européens. 
On pourrait voir Angela Merkel tenter une coalition avec d’autres partis, la FDP ou les Verts. La FDP, allié traditionnel de la CDU et parti de centre-droit, a du subir une exclusion au Bundestag en 2013 après avoir été partenaire de coalition. Il sera donc nécéssaire de trouver des compromis face à la prudence des libéraux. Néanmoins, la FDP devrait retrouver le Bundestag avec environ 9% des voix, ce qui serait insuffisant pour trouver une majorité absolue. 
Un autre partenaire de coalition pourrait être le parti Vert, actuellement dirigé par Winfried Kretschmann,  ministre-président (équivalent du titre de Président de Conseil régional) de Bade-Wurtemberg, lui-même considéré comme modéré et favorable à une alliance avec la CDU. Déjà mise en pratique dans deux Länder, cette coalition pourrait aider A.Merkel de ne plus devoir se plier aux exigences de la fraction la plus conservatrice de son parti et de légitimer la sortie du nucléaire du pays. Si les résultats donnent raison au sondages, une majorité  entre la CDU, la FDP et les Verts peut se former. Néanmoins, la fourchette des résultats du parti Vert est très large ( entre 7 et 11%) et pourrait tout bouleverser dans les formations de coalition et du poids des différentes formations politiques au sein de la future majorité.
Une alliance des partis de gauche parait peu probable. Les différentes formations politiques dites de gauche, du SPD à Die Linke en passant par les Verts, ne peuvent pas former une majorité absolue dans le Bundestag. Il est donc utile pour le SPD de se réinventer, ce qu’elle a essayé avec Martin Schulz, ex-Président du Parlement européen. Deux solutions s’offriront dès lors à lui : soit il devient un partenaire de gouvernement, où il se saura marginalisé, ou bien il rentre dans une « cure d’opposition » où son parti pourra se remettre en question et savoir ce qu’il peut apporter. 

Que faut-il retenir ? 

L’élection fédérale allemande est toujours un scrutin très observé en Europe, au même titre que l’élection présidentielle française. Dans un contexte européen assez fragile et surplombé par le développement de divers partis populistes, l’élection allemande pourrait briser, au même titre que l’élection présidentielle française de cette année, la vague eurosceptique. 
Néanmoins, cette élection restera très certainement dans la continuité, puisque il est quasiment sûr que Angela Merkel reste chancelière allemande. Il faudra donc prendre en compte la hausse du vote AFD, qui remet en question une politique d’ouverture plutôt vers des valeurs progressistes du Cabinet Merkel. Le but sera de retrouver les électeurs perdus, tout en cherchant à retrouver un bon mélange entre les valeurs conservatrices et les valeurs progressistes prônées par A.Merkel tout au long de la dernière législature. 
De plus, la mise en place d’une nouvelle coallition permettrait de faire changer les lignes, en gardant une stabilité politique avec un quatrième mendat d'Angela Merkel, tout en permettant à l’Allemagne d’aller vers la recherche de nouvelles idées progressistes, notamment avec les libéraux et les Verts. Cela permettrait de remettre en question l’alliance de «  grande coalition » avec un parti social-démocrate en manque de dynamisme.