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Parlons Politique !

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La minute historique #2: Macron/De Villiers, le pouvoir  politique face au pouvoir militaire.

La minute historique #2: Macron/De Villiers, le pouvoir politique face au pouvoir militaire.

La minute historique #2: Macron/De Villiers, le pouvoir  politique face au pouvoir militaire.

Depuis la veille du 14 Juillet 2017, la crise entre Emmanuel Macron et son chef d’état-major des

armées Pierre de Villiers ne cesse d’etre commentée. Les deux hommes doivent se rencontrer

vendredi, l’occasion pour nous de décrypter les relations entre le pouvoir politique et l’armée

dans l’histoire.

 

 

Sous la IIème République (1848-1852), les politiques ne s’immisçaient pas dans les affaires

de l’armée et vice-versa, sauf pour l’allocation de crédits militaires. Pourtant l’article 50 de la

Constitution de la Seconde République explique que le Président de la République « dispose

de la force armée, sans pouvoir jamais la commander en personne ». Depuis 1848, le pouvoir

politique et l’armée ont souvent été réunis sans pour autant voir les relations entre hommes

d’états et militaires cordiales.

 

Pour exemple, en 1936, sous la Troisième République, (1870-1940) lorsque qu’Hitler fit

remilitariser la Rhénanie, le chef d’état-major des armées françaises Gamelin qui était

défavorable à une intervention militaire imposa son point de vue facilement devant Albert

Sarraut President du Conseil et Pierre-Étienne Flandin alors Ministre des Affaires Étrangères

qui étaient favorables à une action militaire. Cependant le prestige de l’uniforme militaire des

vainqueurs de la Grande Guerre, suffisait à faire taire les politiques qui ne tentaient pas de faire

pression sur l’armée. Ainsi l’armée prenait le pas sur le pouvoir politique.

 

Après la Seconde Guerre Mondiale, le régime de Vichy fit place à la Quatrième République

(1946-1958). Peu différente de la Troisième République sur de nombreux points, la Constitution

de la Quatrième République donnait un pouvoir de commandement des forces armées en plus

au Président du Conseil. En effet l’article 47 de cette dernière stipule que : « Le président du

conseil assure la direction des forces armées et coordonne la mise en œuvre de La Défense

Nationale ».

 

Or jamais le pouvoir politique n’aura été aussi faible envers l’armée. Le pouvoir civil divisé et

discrédité à cause des gouvernements successifs (24 gouvernements en 12 ans !), son

incapacité à gérer les crises coloniales comme en Indochine et en Algérie, va voir l’armée

évoluer sans contrôle politique. Le triste bombardement du village tunisien de Sakhiet-Sidi-
Youssef (69 morts dont 21 enfants) en représailles a une embuscade organisée depuis le

territoire tunisien (20 soldats français tués) est l’un des actes barbares de cette

désorganisation.

 

Avec la prise de fonction de Charles de Gaulle le 8 janvier 1959, et la création de la

Cinquième République le 4 Octobre 1958, un changement s’opère : Le pouvoir politique prend

le pas sur l’armée. À défaut de 1936 avec le cas cité plus haut, en 1958, le militaire n’intimide

plus, c’est même lui l’intimidé. En faisant face avec succès au putsch d’Alger en 1961, face à

des militaires réfractaires à toute idée d’une Algérie indépendante, le président De Gaulle,

affirme l’autorité du pouvoir politique sur l’armée.

Cependant, un président qui à la différence de Charles De Gaulle n’a pas l’expérience militaire,

nécessite une formation. L’exemple de Valéry Giscard D’Estaing qui confiait son « ignorance »

et « l’état d’inexpérience » auquel il était confronté en est une preuve. De plus, le chef d’état-
major des armées de 1981 à 1985, le Général Lacaze, affirmait selon lui qu’un nouveau

président serait « un conducteur du dimanche » à qui l’on confierait une Formule 1.

 

Depuis le XIX ème siècle les rapports entre l’armée et le pouvoir politique ont été à de

nombreuses reprises difficiles et tendus il s’agit la d’une forme de « mariage par principe » car

nous avons vu que chacun tentait de prendre un pas de plus sur l’autre. La situation actuelle de

crise entre Emmanuel Macron et Pierre De Villiers révèle indirectement les fractures d’un passé

qui en fin de compte, n’est pas si lointain.