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Parlons Politique !

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Le vote obligatoire : la démocratie imposée à tous ?

Le vote obligatoire : la démocratie imposée à tous ?

Le vote obligatoire : la démocratie imposée à tous ?

Avec un taux d’abstention en constante augmentation, la vie politique intéresse de moins en moins les Français. Au sein d’un climat de méfiance croissant vis-à-vis du politique en général lié à la substitution courante des intérêts particuliers face aux intérêts de la Nation, le citoyen est de moins en moins actif dans la vie politique. Le fait de ne pas aller voter est un résultat sans appel. Or, voter n’est pas qu’un droit, mais c’est aussi un devoir. Cependant, il n’est actuellement pas obligatoire d’aller voter. Aucun texte légal n’oblige le citoyen à aller se déplacer dans son bureau de vote le jour d’un scrutin. Pour que davantage de citoyens prennent part à la vie politique, faut-il instaurer le vote obligatoire ?

Le vote constitue l’expression de la démocratie. En s’abstenant à l’élection, on rejette le droit qui permet au citoyen de pouvoir choisir son ou ses représentants à tous les niveaux. La démocratie se base sur le respect de l’opinion de chacun, et de donner le pouvoir à une majorité des suffrages exprimés. Néanmoins, comment une démocratie peut-elle survivre avec des taux d’abstention record et un désintérêt par rapport à la vie politique. Le vote obligatoire, sous la contrainte d’une sanction financière, permettrait à tout électeur rationnel de se déplacer le jour de l’élection et d’exprimer son opinion dans le cadre du régime démocratique dans lequel nous vivons.

Néanmoins, la démocratie consiste à écouter chacune des opinions et de les respecter. Ainsi, il faut respecter le choix des abstentionnistes qui met en évidence un non-choix pour les uns ou une insatisfaction générale des personnes inscrites sur les listes électorales. Faut-il alors réprimer leur avis, alors que la démocratie se base sur un respect des opinions de chacun, notamment en ce qui concerne la liberté d’opinion et de conscience ? En rejetant la non-expression des uns, on peut constater un conservatisme des uns, qui ne remettent pas en cause les facteurs d’une contestation chez beaucoup d’électeurs qui croît à travers le temps. Il faut d’abord comprendre avant d’agir. Si l’on souhaite que le plus d’inscrits possibles votent, il faut écouter les raisons d’un mécontentement et réagir de façon adaptée aux circonstances. Réprimer par le vote obligatoire, n’est ce pas inscrire une défaite du « système » politique dans les mœurs ?

En obligeant le vote, il faudrait prendre plus au sérieux l’expression des votes nuls et blancs. Aujourd’hui, ils ne sont pas considérés comme suffrages exprimés. Ils marquent néanmoins une opposition face aux différents choix possibles. Une élection pourrait être invalidée à partir d’un certain pourcentage de voix exprimées de façon nulle ou blanche. Indécis et insatisfaits pourront donc être reconnus, et un suffrage massif en leur direction permettrait de remettre en cause un système qui a mené à l’insatisfaction généralisée d’une partie non négligeable des électeurs. Il ne faut pas oublier que la démocratie n’obéit pas à la loi du plus fort, mais à la loi du plus grand nombre.

Il faut travailler dans un sens où l’on souhaite ré-intéresser le citoyen à la vie politique, attitrée à la vie publique. Il ne doit plus subir, mais choisir son avenir. C’est dans cette voie que c’est inscrit par exemple le mouvement En Marche ! qui a choisit le programme électoral de son candidat Emmanuel Macron à travers l’écoute des problèmes des Français, et d’adapter sa vision de la France en fonction des problèmes qui préoccupent les citoyens. Stratégie gagnante ? L’avenir nous le dira. Intéresser les citoyens à la vie publique est essentiel dans une démocratie. Peut-on se permettre de promouvoir les intérêts particuliers avant les intérêts du plus grand nombre ? Une démocratie n’est pas de fait, un système politique qui contraint les individus à subir les objectifs d’une minorité. Une oligarchie déguisée se mettrait alors en place. Il faut donc agir pour la survie d’un système démocratique en donnant plus que tout envie d’aller voter. La pédagogie pourrait ainsi être utilisée pour accompagner l’abstentionniste vers le bureau de vote.

Un des arguments des promoteurs du vote obligatoire serait la réduction du vote populiste, en particulier d’extrême-droite, qui est en constante hausse. Une réduction proportionnelle des électeurs de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon est plausible, car on sait que les sympathisants des mouvements extrémistes ont comme principale arme le bulletin de vote et se mobilisent du mieux qu’ils peuvent les jours de scrutin. Mais une autre interprétation est possible : si le vote est obligatoire, alors les électeurs peuvent voter davantage de manière réactionnaire face au système qui leur impose de voter. Ceux-ci occupant la cible des candidats populistes de tout bord, l’argument de ceux qui promouvaient le vote obligatoire devenant ainsi obsolète.

Il est donc de fait difficile de se positionner face au vote obligatoire, même si il constitue une étape majeure dans le processus pédagogique de la démocratisation d’une démocratie en pleine crise. Néanmoins, le fait de voter en tant que tel n’est pas la question pour les principaux soutiens du vote obligatoire. On renvoie davantage au « voter bien » ou à la notion de « vote utile » appliqué par les grands partis traditionnel pour éviter une victoire extrémiste et fermer les yeux face à un échec qui leur est propre au sein d’un système démocratique.